« J’ai été séquestré dans un hôtel au quartier GB et conduit chaque soir au stade des martyrs pour être auditionné « ( Christian Muyengo)
Créée en 2023 pour coordonner les activités de la cyberdéfense et de lutter contre la Cybercriminalité en République démocratique du Congo, le centre national de Cyberdéfense est depuis au centre d’une polémique. Des voix s’élèvent pour dénoncer ses méthodes qui outrepassent les missions qui lui ont été dévolues et qui le transforme en un service de répression de opposants politiques, des défenseurs des droits de l’homme , des journalistes et des simples citoyens. » Il suffit simplement que vous soyez accusé à tord ou à raison pour un fait ayant trait à l’atteinte à la sûreté nationale, vous êtes arrêtez loin de toute procédure judiciaire, dénoncent les organisations non gouvernementale des défenses des droits de l’homme « .
Des cas comme les arrestations de certains dirigeants du Parti du Peuple pour la reconstruction et la démocratie, PPRD à l’instar de Emmanuel Shadary, Aubin Minaku, Duniya Kilanga respectivement secrétaire permanent, vice- président et secrétaire national en charge de mobilisation en sont des preuves patentes. Ajouté à cela, le cas d’un journaliste Stéphane Shisso de Lubumbashi et collaborateur de Moise Katumbi, arrêté avant d’être transféré à Kinshasa et de certains cadres de l’Office de gestion du fret multimodal, Ogefrem dont Christian Muyengo , cousin de Patient Sayiba, poursuivi pour atteinte à la sûreté nationale pour avoir été son proche collaborateur, lui-même un des bras droit de l’ancien Président de la République Joseph Kabila aujourd’hui aux côtés de la rébellion de AFC- M23. Tous déclarent avoir été arrêtés dans des conditions extrajudiciaires et séquestrés dans des endroits secrets sans contact avec leurs avocats ainsi que leurs membres de famille. Ainsi, l’association africaine des droits de l’homme , Asadho, Asbl Justucia, la voix des sans voix, la nouvelle société civile congolaise, Nscc et bien d’autres ongs de défense des droits de l’homme sont montés au créneau pour non seulement dénoncer ces arrestations jugées arbitraires et extrajudiciaires mais aussi appelé à la suppression de ce service qualifié « d’oppresseur des citoyens « .
Face à ces dérives, le ministre de la justice Guillaume Ngenda, a rappelé l’obligation de respecter les procédures légales en insistant sur le fait que la Cybercriminalité ne peut pas être une zone de non droit.
Dans les lignes qui suivent, une des victimes de ces arrestations extrajudiciaires livrent son témoignage.
C’est en novembre 2024 que les agents de centre national de Cyberdéfense avaient fait irruption dans les installations de l’ogefrem à la recherche de huit agents et cadres poursuivi par l’auditorat militaire, garnison de la Gombe pour atteinte à la sûreté nationale et participation à un mouvement insurrectionnel imputé au mouvement rebelle AFC -M23 qui occupe une grande partie dans l’Est de la République démocratique du Congo. Il s’agit de Bulambo Wilondja, Kasoro Maseko, Christian Muyengo, Tumba Dibungu, Maene Amisi, Kevin Masuka, Jack Mbandu et Ricky Ramazani Lwango. Leur péché c’est d’avoir été des proches collaborateurs de directeur général de leur office Patient Sayiba , aujourd’hui aux côtés de Joseph Kabila accusé d’être le cerveau moteur de la rébellion de AFC – M23 soutenu par l’armée rwandaise.
« La première fois lorsque les gens de CNC ont débarqué dans notre office pour nous arrêter pendant notre absence, le directeur des ressources humaines nous ont appelé au téléphone pour participer à une réunion de service convoqué sur ordre de CNC. Malheureusement ayant appris que c’était un piège pour nous arrêter ,quatre de nos collègues ont pris fuite et sont parvenus à quitter le territoire national. Il s’agit de Bulambo Wilondja, Maene Amisi, Kevin Masuka et Ricky Ramazani alors que nous quatre autres n’etions pas parvenus à franchir les frontières nationales « , témoigne Christian Muyengo qui se cachait dans un endroit secret.
Il a fallu attendre trois jours plus tard et pendant qu’ils se trouvaient au service croyant que rien n’allait plus se passer contre eux, pour que les quatre autres agents et cadres de l’ogefrem soient finalement arrêtés en plein service. « Pendant que nous nous trouvions au travail et informés , les gens de CNC ont débarqué à nouveau avec un cohorte de véhicules de la Présidence de la République pour nous arrêter. Outre moi Christian Muyengo, cousin du Dg Patient Sayiba, il y avait Tumba Dibungu, son ami d’enfance , et docteur Nelly, sa belle sœur . Nous étions conduit manu militari aux installations du stade des martyrs où nous avons passé toute la journée sans être auditionné. Et c’est vers 22 heures nous étions installés dans différents hôtels de la place transformés en prison où nous n’avions pas droit d’être assistés par nos avocats et encore moins recevoir de la visite de nos familles . Quant à moi, j’ai été séquestré dans un hôtel au quartier GB et conduit chaque soir au stade des martyrs pour être auditionné avant que je ne sois retourné à mon lieu de détention » révèle le cousin de Patient Sayiba.
Pendant qu’ils étaient arrêtés et mis à la disposition de centre national de Cyberdéfense, ces cadres et agents de l’Ogefrem ont été suspendus de leurs fonctions, leurs passeports et leurs téléphones confisqués pour des raisons d’enquête. Leurs avocats et membres de famille n’avaient toujours pas accès à toutes les informations les concernant au nom de la sûreté de l’État .
« après dix jours de détention, soit en début de mois de décembre 2024 que nous étions relâchés sans entrer en possession de nos biens confisqués. Toutefois, nous étions obligés de nous présenter une fois par semaine au CNC pour des raisons d’enquête « déclare Christian Muyengo.
Il faut signaler tout de même qu’à Kinshasa, actuellement il suffit simplement d’être en contact avec une personne supposée membre de AFC- M23 pour être traité de l’ennemi de la République, de Rwandais et de faire l’objet de l’arrestation arbitraire.
