Vital Kamerhe : la fin ou le début d’un nouvel épisode ?

 

À l’image de la jungle, la politique est un monde de surprises où les plus malins parviennent à imposer leur tempo et à maîtriser toute force potentielle susceptible de changer l’ordre établi. Dans cette savane impitoyable, certains sont des prédateurs en quête de pouvoir, tandis que d’autres, par leur vision et leur trajectoire, sont considérés comme des menaces à atteindre.

Depuis des semaines, l’actualité que nous suivons de près à l’Assemblée nationale illustre parfaitement cette dualité entre conservateurs et révolutionnaires. L’affaire concernant Vital Kamerhe semble pliée pour de nombreux observateurs et analystes. Les accusations formulées, bien que défendables et légitimes, ne peuvent faire ignorer les calculs politiques sous-jacents qui visent à neutraliser une figure « controversée». Dès lors que la politique s’en mêle, la rationalité et l’efficacité collective perdent de leur valeur, au profit d’instincts primaires de survie et de domination.

La rentrée sous tension de ce lundi 15 septembre était révélatrice. On a rarement vu un Vital Kamerhe faire preuve d’une telle maturité et sagesse politique. Il reste zen, même au cœur des tempêtes. Cette force de caractère est le fruit d’une carrière politique riche et variée. « Ce qui ne te tue pas te rend plus fort », et Kamerhe l’a bien compris à force de faire face aux coups politiques.

En réalité, les « chasseurs » qui sont à l’origine de ces attaques ne font que lui donner plus d’énergie pour se battre en faveur d’un monde meilleur où la justice et l’équité sont garanties à tous. Kamerhe n’aurait peur que s’il ne connaissait pas le chemin et les implications de ce qui lui arrive aujourd’hui. En 2009, il avait déjà dû se retirer dans un contexte quasi similaire et pour des raisons presque identiques. À l’époque, il n’avait certes que 50 ans, contre 66 ans aujourd’hui. S’il a résisté hier grâce à son énergie et son courage, il le doit aujourd’hui à ce « monstre » presque indestructible qu’il est devenu, forgé par l’épreuve.

La stature d’homme d’État de Vital Kamerhe transparaît à travers sa sérénité. Acculé par une pétition dont les tireurs de ficelles sont désormais à découvert, il a refusé d’adopter une attitude victimaire, malgré les sourires de victoire affichés par certains et la campagne de sape menée par les communicateurs enragés de l’UDPS. Le MLC de Jean-Pierre Bemba a d’ailleurs explicitement demandé à tous ses députés de signer la pétition, tandis que l’attitude de Ponce Pilate d’Augustin Kabuya, secrétaire général du parti présidentiel, laisse croire à quelque chose de déjà bien manigancé. Bien au contraire, Vital Kamerhe a fait preuve de grandeur en dépassant les clivages politiques pour s’inscrire dans une démarche qu’il juge démocratique.

« Il s’agit d’un exercice parlementaire légitime qui témoigne de la vitalité de notre démocratie (…) il me semble à propos de rappeler que cette initiative devrait être reconsidérée à la lumière des avancées notables enregistrées dans la prise en charge des principales préoccupations soulevées et aussi au regard du contexte particulier que traverse notre pays », a expliqué le président de l’Assemblée nationale.

Dans le second point de sa communication sur cette question, Vital Kamerhe ne fait pas mine d’ignorer son sort. Partir ou rester ne changerait en rien son principe de base: reconnaître ses torts lorsqu’on vous les reproche.

« S’il y en a parmi vous qui se sont sentis froissés, heurtés ou dérangés de quelque manière que ce soit par ma conduite ou mes propos, qu’ils daignent accepter l’expression de mes regrets les plus sincères, et j’implore leur pardon», a-t-il déclaré sans orgueil.

Ce mea culpa peut se comprendre sous deux angles: d’une part, Kamerhe sait que son sort est scellé quoi qu’il fasse; d’autre part, il ouvre un nouveau chapitre de sa vie politique, plein de rebondissements, où il jouera toujours un rôle clé. Savoir partir sans remords et sans rancœur est la marque des grands esprits qui ne cèdent pas à un sentiment de vengeance. La vérité que peu veulent entendre est que l’adversité n’arrête pas le destin. Joseph, en Égypte, vendu par ses frères, en est la preuve indéniable.

Comme pour Joseph, le « péché » de Kamerhe est peut-être d’avoir une vision trop large. Cette vision, axée sur le respect des principes démocratiques et ses prises de position sur la guerre dans l’Est du pays, est perçue comme une menace par certains. Ses appels à un dialogue national inclusif pour résoudre cette question par la voie diplomatique sont interprétés comme une volonté de jouer un double jeu dangereux, compromettant les efforts militaires en cours. Dans une coalition qui se veut hétéroclite, cela n’est jamais sans conséquence. Il est bon de mourir pour ses propres fautes, et Kamerhe paierait le prix de la violation de la première loi du livre « Les 48 Lois du Pouvoir» de Robert Greene, qui stipule: « Il ne faut jamais paraître plus intelligent que son maître». Au-delà de ces considérations, le temps nous dira si le départ ou le maintien de Kamerhe sera une bonne ou une mauvaise affaire pour les hommes du régime.

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