Une famille en quête de vérité
Treize mois après la tragédie, c’est dans un lourd silence que la branche paternelle des Kandolo a brisé ses chaînes. Dans un communiqué transmis à la presse , elle affirme avoir découvert le décès de Blanche Kandolo Odia au même titre que tout le monde sur Internet et non par les voies familiales traditionnelles. Elle dénonce un rapatriement précipité, une crémation administrée sans droit d’examen du corps et, surtout, une narration officielle devenue floue et contradictoire. Une version, jugée lapidaire (« cause indéterminée »), suffit-elle à conclure un tel drame ? La famille évoque une volonté manifeste de dissimulation, une ombre qui plane sur la dépouille non examinée. Elle annonce se réserver le droit d’entreprendre toutes démarches y compris judiciaires pour faire éclater la vérité. Un rendez-vous familial pour apporter des éclaircissements est prévu « incessamment ».
Le passé, le deuil et l’émoi national
Blanche Odia Kandolo Tunasi, née à Kinshasa le 19 novembre 1984 selon un portrait était la compagne fidèle et la partenaire spirituelle du pasteur Marcello Jérémie Tunasi. Épousée en 1996, elle l’accompagnait dans la fondation de l’église La Compassion et de l’orphelinat associé, ainsi que dans la rédaction de cantiques spirituels. Le couple a eu quatre enfants : Oracle, Shukrany, Shiphra, et Tabiri .
Le mercredi 12 juin 2024, lors d’une intervention chirurgicale en Turquie, elle succomba à une crise cardiaque, selon l’annonce de l’église CREFM La Compassion. Sa dépouille rapatriée à Kinshasa le 13 juin 2024 fut accueillie dans une immense tristesse aux abords de la morgue du Cinquantenaire, puis au stade Tata Raphaël où des milliers de fidèles et personnalités y compris le Président Félix Tshisekedi et son épouse vinrent rendre un dernier hommage.
Une nouvelle union… et une communauté en éruption
Le 23 juillet 2025, quelque treize mois après la mort de Blanche, le pasteur Marcello Tunasi s’est nouvellement uni à Esther Aïcha, lors d’une cérémonie célébrée à Bruxelles. Cette décision se transforme instantanément en tempête : sur les réseaux sociaux, nombreux sont ceux qui condamnent ce remariage « trop rapide » après un deuil aussi marquant, tandis que d’autres soutiennent son droit à rebâtir sa vie. Les réactions sont aussi contrastées que passionnées. Marcello se justifie sur Facebook : « Nous nous sommes dit oui. Dans la volonté de Dieu, au temps de Dieu… Ce n’est pas seulement une union, c’est une mission. »
Certains fidèles avancent que le pasteur aurait traversé les trois étapes du deuil (choc, tristesse, acceptation) et qu’il aurait vraiment trouvé la paix intérieure. D’autres, en revanche, dénoncent une accélération de l’intimité conjugale perçue comme irrespectueuse envers la mémoire de Blanche. Un homme s’est même rendu jusqu’à la tombe de la défunte à Kinshasa pour y exprimer publiquement sa colère.
Analyse : un drame, une controverse, une morale chipée ?
La juxtaposition de ces faits déclenche plusieurs pistes de réflexion :
1. Récit tronqué ou vérité encadrée ?
Le silence initial de la famille Kandolo, suivi de son communiqué cinglant, laisse supposer une rupture entre discours officiel et ressentis privés. Ne serait-ce pas un signe d’une dissonance profonde entre pouvoirs religieux, acteurs familiaux et enquêteurs ?
2. Deuil public versus deuil intime
La grande veillée au stade Tata Raphaël et la présence du chef de l’État confèrent un caractère national à la douleur. Mais qui détient la légitimité d’exprimer ou de juger le rythme du chagrin d’un leader spirituel ? Le deuil, en soi, relève-t-il d’une temporalité sociale ou d’un temps personnel profondément sacré ?
3. Quel message à la communauté chrétienne et congolaise ?
Ce remariage relance le débat sur les attentes de la communauté vis-à-vis d’un leader religieux. Quelle image cela donne-t-il à ceux qui chercheraient du réconfort ? Que signifie ” aller de l’avant” dans cette foi ? Est-ce un message d’espoir sincère ou une précipitation mal perçue ?
4.Les familles : victimes ou actrices d’une transparence occultée ?
Lorsque des proches comme les Kandolo réclament justice ou tout simplement des explications, est-ce un retour à la morale ou un instrument de pression ? Leur droit à comprendre serait-il bafoué par un cadre institutionnel supérieur ?
Que retenir ?
La mort de Blanche Kandolo Tunasi a laissé une marque indélébile dans le paysage religieux et national. Le remariage de son époux, pasteur respecté, s’est transformé en détonateur : divisions de cœur, de foi et de perception entre respect du deuil et nécessité de recommencement. Face à une famille paternelle qui exige des éclaircissements sur le corps, sur les faits, sur les mots , le pasteur Tunasi est aussi confronté à un examen public de sa conduite.
Celui qui prêche la Compassion peut-il, sans accusation, échapper à l’inexorable devoir d’éclairer ceux qui s’interrogent ? Que cache, vraiment, cet homme de Dieu sur la disparition de son épouse : foi, humanité ou fardeau trop lourd pour rester silencieuse ?
Crhioni Kibungu Kubade
