Le Gouvernement Suminwa II, dévoilé dans la nuit du 7 au 8 août 2025, soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses. Est-il véritablement l’Exécutif d’union nationale promis par le président Félix Tshisekedi ? Pourquoi les figures emblématiques de l’opposition notamment Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Dr Denis Mukwege, Joseph Kabila et ses membres influents du Front Commun pour le Congo (FCC), ainsi que plusieurs d’autres ont-elles unanimement refusé d’y participer ?
Dans un contexte marqué par la guerre à l’Est, une crise sécuritaire qui fait toujours des milliers de victimes, et une population plongée dans la pauvreté et l’insécurité, la formation d’un Gouvernement d’ouverture aurait dû être un signal fort d’apaisement et d’espoir. Pourtant, ce gouvernement se présente comme un Exécutif resserré autour du camp présidentiel, ne comptant qu’un seul poids lourd de l’opposition : Adolphe Muzito, nommé Vice-Premier ministre chargé du Budget.
Un gouvernement d’ouverture… sans réelle ouverture politique
Les consultations lancées par Félix Tshisekedi avaient suscité l’espoir d’une réconciliation nationale. Pourtant, l’absence des principaux leaders de l’opposition au sein de ce gouvernement traduit une réalité politique plus sombre : celle d’une gouvernance qui semble ignorer ou contourner les forces qui s’opposent à elle.
Les grandes figures comme Martin Fayulu, qui a préféré refuser cette intégration pour défendre ses convictions patriotiques et promouvoir un dialogue véritable, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, ainsi que Dr Denis Mukwege, lauréat du prix Nobel et porte-voix de la société civile, dénoncent unanimement l’exclusion politique.
Même Joseph Kabila et ses alliés du FCC, bien qu’ayant leurs propres intérêts politiques, insistent sur la nécessité d’un dialogue franc et préalable avant toute alliance gouvernementale. Cette convergence sur l’importance du dialogue reflète un consensus fragile mais réel autour d’un processus de paix et de gouvernance inclusifs, porté notamment par la Cenco (Conférence épiscopale nationale du Congo) et l’Église du Christ au Congo (ECC).
Fayulu et le pacte pour la paix : la résistance d’une opposition unie
Martin Fayulu a lancé un pacte pour la paix visant à fédérer tous les acteurs politiques autour de ce dialogue national. Cette initiative veut dépasser les antagonismes politiques pour se concentrer sur les vrais enjeux du pays : la paix, la sécurité, le développement et la cohésion sociale.
Fayulu a tenu à montrer qu’on ne peut entrer dans un gouvernement par peur, intimidation ou pour des raisons matérielles. Il affirme que son refus est un acte patriotique, motivé par la conviction que le dialogue, et non l’exclusion, est la voie à suivre pour sortir la RDC de l’impasse.
Un exécutif contesté, à la crédibilité fragile
Le gouvernement Suminwa II fait face à une défiance grandissante, notamment à cause de sa composition perçue comme incomplète et déséquilibrée.
La présence unique d’Adolphe Muzito, ancien Premier ministre, dans ce gouvernement pourtant très resserré, apparaît comme une exception qui confirme la règle.
Plusieurs ministres reconduits, sont critiqués pour leur bilan mitigé, voire décevant. Je ne citerai pas les noms pour ne pas renforcer la polémique .
La gestion de Tshisekedi est pointée du doigt pour sa faiblesse face aux détournements, aux trafics d’influence et aux mauvaises pratiques de gestion publique.
La méfiance entre le camp présidentiel et les opposants s’est accentuée, avec des accusations croisées, notamment sur le rôle de la Cenco, qualifiée par certains dans le camp présidentiel de « complicité » avec l’ennemi.
Dans ce contexte, la question de la légitimité du gouvernement et de sa capacité à fédérer est centrale. Peut-il réellement prétendre représenter tous les Congolais et répondre aux attentes ?
Un pays toujours divisé, un peuple qui souffre
Alors que les élites politiques s’affrontent, le peuple congolais continue de subir les affres de la pauvreté, de l’insécurité et des conflits armés, particulièrement dans l’Est du pays où la guerre perdure.
Des milliers de vies sont perdues chaque année, des populations déplacées vivent dans des conditions dramatiques.
Le chômage massif et la misère renforcent la colère et le désespoir.
Le sentiment d’abandon face à un État perçu comme distant ou inefficace est grandissant.
Les divisions politiques, loin de favoriser la paix, alimentent les tensions. Certains opposants, désespérés, envisagent même de recourir à des moyens extrêmes pour faire entendre leurs revendications.
Un gouvernement face à un avenir incertain
Le Gouvernement Suminwa II arrive à un carrefour délicat. Son succès dépendra largement de sa capacité à élargir le dialogue, à dépasser les calculs partisans et à s’atteler à la reconstruction d’une véritable cohésion nationale.
L’exclusion des grands leaders de l’opposition fragilise sa crédibilité et son efficacité, au moment où le pays a le plus besoin d’unité et d’une vision partagée.
Le peuple congolais, à bout de patience, attend des actes concrets, une gouvernance transparente et des solutions durables.
Le temps presse. L’histoire jugera ceux qui auront su entendre cet appel.
Crhioni Kibungu Kubande
