Human Rights Watch (HRW) a révélé que plus de 1 500 civils congolais ont été illégalement déportés vers le Rwanda par le groupe armé M23, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), avec le soutien présumé du gouvernement rwandais. Cette pratique constitue une violation flagrante du droit international humanitaire, notamment de la quatrième Convention de Genève, qui interdit les transferts forcés de population depuis un territoire occupé.
Selon HRW, ces déportations ont été menées entre février et mai 2025, dans le contexte de l’offensive militaire du M23 qui a conduit à l’occupation des villes stratégiques de Goma et Bukavu, respectivement capitales des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Cette progression rapide du groupe rebelle n’aurait été possible qu’avec l’appui militaire, logistique et opérationnel du Rwanda.
Clémentine de Montjoye, chercheuse senior pour la division Afrique à HRW, a dénoncé des actes constituant des crimes de guerre :
« Le transfert forcé de civils vers le Rwanda, qu’il s’agisse de citoyens congolais ou de réfugiés rwandais, est un crime de guerre en vertu des Conventions de Genève. En raison du contrôle qu’il exerce sur le M23, le Rwanda est en fin de compte responsable des nombreux abus commis par ce groupe armé. »
Les témoignages recueillis par l’organisation font état d’une campagne systématique menée par le M23, notamment le démantèlement des camps de déplacés autour de Goma et le transfert forcé de leurs occupants. Huit personnes interrogées ont affirmé avoir été déplacées de force à Goma, avant d’être envoyées au Rwanda.
Le 12 mai, près de 2 000 personnes ont été rassemblées à Sake, à 25 km à l’ouest de Goma, puis transférées vers cette dernière ville. Ce transfert collectif serait lié à une opération ciblant des membres présumés des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé à majorité hutue, dont certains chefs ont participé au génocide de 1994. Nombre des personnes visées étaient originaires de Karenga, dans le territoire de Masisi, fief présumé des FDLR.
HRW estime que le contrôle exercé par le Rwanda sur les zones occupées de l’est de la RDC par l’entremise du M23 et de ses propres troupes constitue une occupation belligérante au regard du droit international. Cette situation rend le gouvernement rwandais juridiquement responsable des violations commises dans ces zones.
L’organisation a adressé une lettre officielle aux autorités rwandaises le 9 juin, les exhortant à mettre fin aux déportations illégales. À ce jour, aucune réponse n’a été reçue.
Cette nouvelle accusation renforce les inquiétudes de la communauté internationale quant au rôle actif du Rwanda dans le conflit en RDC, alors que la situation humanitaire ne cesse de se détériorer dans les zones contrôlées par le M23. HRW appelle à une enquête internationale indépendante et à des sanctions contre les responsables de ces violations graves.
