Le samedi 2 août, au Mémorial de Kinshasa, la République Démocratique du Congo a marqué d’une intensité particulière la troisième commémoration du GENOCOST, terme désormais utilisé pour désigner les massacres de masse à finalité économique perpétrés sur le territoire congolais .
Devant un parterre composé de membres du gouvernement, des chefs des institutions et des diplomates accrédités, le Président de la République Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo a élevé un message fort : ” le Parlement doit adopter une résolution solennelle reconnaissant officiellement les génocides commis en RDC ” .
Il a souligné que cette démarche ne saurait être réduite à un simple symbole, mais doit être comprise comme un acte souverain de vérité, de justice et de mémoire. En sa qualité de garant de la nation, il affirme répondre à un triple appel à savoir celui de la mémoire collective, de la dignité du peuple congolais, et de la justice à rendre aux victimes d’atrocités souvent ignorées par la communauté internationale.
Alors qu’une Commission d’enquête indépendante s’apprête à être installée pour documenter ces crimes, le Président a également interpellé la communauté internationale, l’appelant à assumer son devoir moral et politique en soutenant cette initiative. Il promet de poursuivre ce plaidoyer lors de la 80ᵉ Assemblée générale des Nations Unies à New York, afin que la voix des victimes congolaises ne soit plus marginalisée sur la scène mondiale.
Une diaspora debout : mobilisation mondiale pour la RDC
Alors que Kinshasa rendait hommage à ses morts, des vagues humaines de Congolais se sont levées dans les rues de Paris, Bruxelles, Londres, Montréal, Washington, Nairobi, Johannesbourg et bien d’autres capitales du monde. Pancartes en main, cris de colère dans la gorge et larmes parfois aux yeux, ils ont dénoncé le génocide silencieux à l’Est de la RDC et appelé la communauté internationale à ouvrir les yeux sur une tragédie trop longtemps ignorée.
À Bruxelles, une délégation de manifestants a remis une pétition au Parlement européen exigeant des sanctions ciblées contre les acteurs régionaux impliqués dans l’exploitation des ressources congolaises. À Paris, des croix blanches ont été dressées devant la Tour Eiffel, symbolisant les millions de morts dans les provinces de l’Est. À Montréal, une veillée aux chandelles a été organisée en mémoire des victimes.
Vers une justice internationale pour le Congo
Avant le discours du Président, les responsables du FONAREV (Fonds national des réparations) et du CIA-VAR (Commission interinstitutionnelle d’aide aux victimes) ont dénoncé avec gravité les exactions encore en cours, soulignant que le génocide congolais n’est pas une page tournée, mais une blessure toujours ouverte.
Prenant la parole à son tour, la ministre des Droits humains, Chantal Chambu Mwavita, a plaidé pour la création d’un Tribunal international spécial pour la RDC, avec le soutien des Nations Unies et de l’Union africaine. Elle a également demandé que le 2 août soit reconnu comme Journée internationale du GENOCOST, un jour de mémoire et d’action collective.
Mémoire vivante et engagement d’État
À l’issue de la cérémonie, le Président Félix Tshisekedi et la Première Dame Denise Nyakeru se sont recueillis devant la stèle commémorative avant d’allumer la flamme de la solidarité nationale. Ils ont ensuite visité le centre de documentation du Mémorial, où le FONAREV a exposé les armes blanches utilisées par les génocidaires, des effets personnels des victimes, et des pièces de témoignage recueillies auprès des survivants.
Le Fonds annonce la construction prochaine d’un Musée national du GENOCOST, destiné à pérenniser la mémoire de ces crimes et à éduquer les générations futures.
L’heure du réveil souverain et de la mémoire partagée
En initiant une reconnaissance parlementaire des génocides, et en demandant une justice internationale, Tshisekedi positionne la RDC dans une démarche de reconquête de sa dignité historique et diplomatique. Ce tournant vise non seulement à obtenir des réparations et une justice effective, mais aussi à contraindre les puissances complices du pillage congolais à sortir de leur silence.
Loin d’être un simple événement commémoratif, le GENOCOST devient désormais un pivot de la souveraineté mémorielle et diplomatique du Congo, un cri de vérité porté par tout un peuple, de Kinshasa à la diaspora.
Crhioni Kibungu
