Le passage du Président congolais à la 80e session de l’Assemblée générale de l’ONU à New York fut marqué par un discours de 30 minutes révélant une non-maîtrise criante de la géopolitique mondiale. Si cette tribune est destinée à réaffirmer la puissance d’un État face aux défis réels, elle exige avant tout de présenter une vision claire sur la gouvernance, la diplomatie et l’intégration du pays. La question de savoir dans quel cadre le pays entend mener ses actions restait sans réponse. Mieux qu’une simple voix, c’est une posture affirmée que l’on attendait. Malheureusement, le président y est passé outre.
Le discours du président Tshisekedi à la tribune des Nations Unies est à placer entre l’irresponsabilité et la naïveté qui caractérisent le régime de Kinshasa. La rhétorique est restée la même face à la situation sécuritaire dans l’est du pays : « Le Rwanda nous agresse, la population est abandonnée, communauté internationale, faites quelque chose ». Un refrain au son discordant qui humilie le pays sur la scène internationale.
Une diplomatie peu agissante sans redéfinition de la politique étrangère
Le président Tshisekedi a particulièrement mis l’accent sur la fin de la guerre qui n’a fait que trop durer pendant plus de 30 ans sans solution définitive. Le M23, soutenu par le Rwanda, qui s’est emparé de plusieurs villes et localités de l’est du pays, constitue une menace à la paix, au progrès ainsi qu’à l’intégrité territoriale de la RDC. Il a ainsi demandé aux Nations Unies de veiller à la stricte application de l’accord signé en juin dernier entre la RDC et le Rwanda, désormais indissociable de la mise en œuvre de la résolution 2772.
« Le retrait des troupes rwandaises, la fin de leur appui au M23 et le retour de l’autorité de l’État congolais sur toutes les zones occupées constituent des conditions non négociables pour une paix véritable. », a-t-il déclaré.
Qui est tenu de mettre en œuvre les conditions nécessaires au rétablissement d’une paix durable : le gouvernement ou bien la communauté internationale ? L’exigence de sanctions contre le Rwanda a visiblement obnubilé le président au point de lui faire négliger l’essentiel : la RDC, c’est un territoire immense, fait de 26 provinces, 145 territoires, 35 villes et 5 908 groupements, où l’autorité de l’État doit être exercée sans faillir. Cette autorité se doit de s’imposer sur l’intégralité du territoire national, et non de se limiter aux zones occupées. C’est en cela que réside la clé d’une paix véritable pour la RD Congo.
Le fait pour le Président de se focaliser uniquement sur le M23 est contraire à l’objectif d’une paix durable et vérifiable, car le Congo fait face aujourd’hui à plusieurs groupes armés dont la Codeco, les FDLR et les UPDF. À l’avenir, les Wazalendo seront une épine sous le pied du pouvoir central. À qui revient la responsabilité de rétablir l’ordre, même à Kinshasa où les kulunas sévissent ou même ici à Kwango où les Mobondos font rage ? Comment donner facilement le devoir d’agir pour votre peuple à d’autres États ? Il ne resterait plus qu’à leur demander la responsabilité dans la régulation de la circulation à Kinshasa pour en finir avec les embouteillages. Pathétique !
À ce stade, le vœu le plus ardent du président Tshisekedi à la tribune de l’ONU pour une paix véritable ne peut être possible sans la réaffirmation de la puissance militaire du pays.
Le génocide congolais : un appel au « devoir moral et politique »
Le point névralgique qui témoigne de la non-maîtrise de la géopolitique mondiale ou des relations internationales et de leurs implications, c’est lorsque le Président Tshisekedi insiste et appelle la communauté internationale à un « devoir moral et politique » de protéger les Congolais du génocide silencieux qui frappe le peuple congolais depuis plus de 30 ans. Il sied de souligner premièrement que le Congo a assisté à des conflits armés, voire ethniques, instrumentalisés le plus souvent par des politiciens en quête de positionnement, mais l’on n’a jamais vécu de manière claire le génocide.
Le conflit qui fait l’objet des débats et des appels au cessez-le-feu est supposément entre les États, dont le Rwanda et la RDC. Puis, la question de « l’intention spécifique de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux » n’a guère été clairement démontrée. Si l’on ne change pas de narratif pour orienter autrement nos actions, cette reconnaissance du génocide congolais par des instances internationales ne fera que battre de l’aile, dans la mesure où les violations des droits humains commises en RDC sont vastes et complexes, impliquant différents acteurs et motivations (économiques, politiques, sécuritaires, etc.). C’est l’existence de cette intention génocidaire qui est au cœur du débat et de l’analyse juridique.
Le chef de l’État congolais a beau évoquer la vérité et la justice pour les victimes, croit-il sincèrement que la communauté internationale ait aujourd’hui intérêt à nous aider et à nous renforcer ? Si elle n’a pas agi hier, quelles raisons valables la pousseraient à le faire sous son règne ? Cet espoir repose peut-être sur le deal « minerais contre sécurité » qu’il est en passe de conclure avec l’administration Trump. Heureusement, il commence peu à peu à se rendre compte de l’inefficacité de cette option. Il a refroidi l’enthousiasme de Trump, qui, déconnecté des réalités du continent, pensait mettre fin à la guerre entre le Rwanda et la RDC. Il ne lui reste qu’à abandonner totalement la voie sur laquelle il s’est engagé pour permettre au pays de prendre son destin en mains.
Personne ne peut nous prendre au sérieux avec ce discours. Le peuple, qui n’est plus dupe, comprend qu’il ne pourrait plus compter sur un tel leadership limitatif, désarticulé et plaintif. Il sait qu’il n’a pas donné mandat aux Nations Unies pour la sécurisation des populations. Au-delà de la géopolitique mondiale qui se pose avec acuité, il est essentiel d’intégrer la dimension de la souveraineté d’un État qui se décline par la puissance.
