Édito
Comme toujours, ses prouesses sont très nombreuses, mais sa parole reste rarissime, à l’image de la lune en plein midi.
En répondant pour la première fois aux accusations de son successeur selon lesquelles il prépare une insurrection ou qu’il est le «vrai commanditaire » d’une opposition favorable au Rwanda, Joseph Kabila vient de relancer le débat sur la responsabilité de la situation politico-sécuritaire volatile que le pays connaît, aggravée par la prise de contrôle de grandes villes de l’Est telles que Goma et Bukavu.
En des termes clairs, les hostilités viennent de tout juste commencer entre Joseph Kabila, accusé de pactiser avec Kagame pour la déstabilisation des institutions démocratiques d’une part, et Félix Tshisekedi, chef de l’État congolais, qui rejette toute responsabilité dans la situation actuelle du Congo sous sa direction d’autre part.
«Si j’étais complice, la situation serait très différente de celle que nous connaissons actuellement», a répondu Joseph Kabila à un journaliste de Reuters, mettant en avant son expérience politique et son savoir-faire en matière d’opérations militaires en tant qu’ancien chef d’Etat- major. De façon implicite, il laisse dire s’il voulait mener une insurrection, il saurait comment procéder, qui contacter et quelles alliances former. Il n’aurait pas recours à des méthodes détournées pour parvenir à cette fin.
La question de savoir si Kabila est convaincant sur ce point n’est pas le plus important. Ce qui compte, c’est de savoir quelles sont les preuves de sa prétendue participation à l’opposition armée, un terme utilisé par Félix Tshisekedi, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité le 14 février dernier, pour gravement le charger
La guerre entre Kabila et Tshisekedi est désormais déclarée et ouverte. Lors de sa prochaine prise de parole publique, Tshisekedi est appelé à apporter des preuves pour étayer son affirmation selon laquelle Kabila et Nangaa sont complices. Cela pourrait avoir un impact déterminant sur l’avenir du pays.
Après avoir lui-même accusé d’autres, Tshisekedi se trouve maintenant confronté à ses propres accusations. Un simple discours d’accusation sans preuves ne saurait être pris au sérieux. Ne pas fournir de preuves risquerait de lui aliéner le soutien des grandes puissances et partenaires traditionnels de la RD Congo. Kabila pourrait profiter de cette situation pour renverser la situation en sa faveur, en se présentant comme victime d’une campagne de diabolisation injuste et en pointant du doigt la responsabilité de Tshisekedi.
Dans les jours qui viennent, Kabila se concentrera probablement sur ces accusations en menant une guerre diplomatique contre le pouvoir de Tshisekedi. Ce dernier devra se préparer à y faire face, en espérant rester solide pour sauver ce qui est en jeu.
Le respect et l’honneur sont également aussi en jeu. En perdant ces valeurs, aucun partenaire sérieux ne voudra s’engager pour ramener la paix dans l’Est du pays. Il serait crucial de savoir comment Kinshasa gère cette situation pour éviter une escalade de la crise.
Joseph Kabila a récemment avoué que le pays est retourné à la case départ, ce qui était impensable il y a quelques années. Les fondations qu’il avait posées sont aujourd’hui ébranlées par de nouveaux acteurs moins rodés en matière de gestion publique.
En conséquence, tout semble s’effondrer. Si Kabila devait vivre avec des regrets, il aurait des difficultés à retrouver la stature d’un véritable leader capable de mettre un terme à la crise multiforme, dans une optique de redressement économique, politique et sécuritaire pour le pays.
La période actuelle est particulièrement délicate, nécessitant à la fois prudence et retenue. Les enjeux se jouent sur quelques petits détails , sans lesquels les Congolais pourraient, peut-être involontairement, mettre en péril la stabilité du pays.
Les spécialistes politiques ne peuvent ignorer cette conclusion. Les cartes sont encore sur la table, et il faut jouer finement pour le gouvernement congolais pour sauver ce qui peut l’être.
