Kinshasa, RDC – Les récents propos de Jean-Marc Kabund, président de l’Alliance pour le Changement et figure autrefois influente du régime de Félix Tshisekedi, résonnent avec une acuité particulière dans le paysage politique congolais. Passé en disgrâce, Kabund offre une analyse nuancée et critique de l’accord récemment signé entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda, tout en insistant sur l’impératif d’un dialogue intercongolais pour sortir le pays de ses multiples crises.
Kabund a affirmé qu’un accord a bien été scellé entre la RDC et le Rwanda. Cependant, loin de toute euphorie, il a immédiatement souligné les “incohérences, insuffisances, zones d’ombre et pièges pour la RDC” qu’il contiendrait. Malgré ces réserves importantes, l’ancien allié de poids du président Tshisekedi estime que cet accord représente “un pas dans la bonne direction pour résoudre la crise sécuritaire en RDC”. Cette avancée est toutefois conditionnée à la “bonne foi” et au “respect scrupuleux de leurs engagements” par les deux parties, en vertu du principe pacta sunt servanda.
L’ancien 1er vice-président de l’Assemblée nationale n’a pas manqué d’appeler le garant de cet accord à une “application stricte”, soulignant la nécessité d’une supervision rigoureuse pour éviter toute dérive.
Au-delà de la question sécuritaire, Jean-Marc Kabund a élargi le débat en insistant sur l’urgence d’un “dialogue intercongolais”. Il a qualifié ce moment d'”arrivé” et l’a qualifié de “vœux” qu’il forme depuis longtemps. Pour lui, la RDC ne fait pas seulement face à une crise sécuritaire, mais également à des “crises multiples (politique, sociale, électorale et même morale)”. Face à cette situation complexe et multidimensionnelle, seule une “réponse nationale concertée” serait à même d’apporter des solutions durables.
La pierre angulaire de l’analyse de Kabund réside dans l’interconnexion des défis. Selon lui, l’accord entre Kinshasa et Kigali ne pourra véritablement contribuer à une “résolution durable de la crise” que si la classe politique congolaise prend ses responsabilités. Il a explicitement appelé à ce que cette classe politique “accepte de se parler, de bâtir une véritable cohésion nationale et de baliser la voie à des élections crédibles, organisées dans le délai constitutionnel”. Cette déclaration met en lumière la conviction de Kabund que la résolution des problèmes du pays ne peut être externalisée ou dépendre uniquement d’accords bilatéraux, mais qu’elle doit avant tout être le fruit d’une volonté interne de réconciliation et de consolidation démocratique.
Les propos de Jean-Marc Kabund, ancien architecte de la plateforme présidentielle, sont un rappel cinglant des tensions et des défis internes qui persistent en RDC. Son appel à un dialogue national et à la cohésion de la classe politique, tout en reconnaissant les limites de l’accord avec le Rwanda, pourrait potentiellement raviver le débat sur la stratégie globale de résolution des crises congolaises. Reste à voir si ces déclarations trouveront un écho suffisant pour impulser une dynamique de dialogue national tant souhaitée par une frange de la population.
