Complicité, perméabilité des frontières, trafic d’influence: Quand des personnes recherchées ou condamnées défient la justice congolaise

La République démocratique du Congo fait face depuis un certain temps à un phénomène qui ne laisse personne indifférente au regard de l’ampleur et de sa récurrence dans la société. Il s’agit de l’évasion ou la fuite en dehors du territoire national des personnes qui font l’objet des avis des recherches émis par les instances judiciaires et sécuritaires ou des personnes arrêtées , jugées et condamnées par la justice à des peines d’emprisonnement .

En effet, Il ne se passe pas des jours sans que l’opinion nationale apprenne la présence à l’extérieur du pays de certaines personnes, présumées ou auteurs de certains faits infractionnels après leur condamnation et emprisonnement par la justice pour les unes et faisant l’objet des avis des recherches pour les autres. Et ces personnes se comptent beaucoup parmi les personnes ayant occupées de hautes responsabilités au pays ainsi que les acteurs politiques dont la plupart se comptent parmi ceux de l’opposition politique.

Des questions ne cessent de tarauder des esprits au regard de ces faits qui étonnant plus d’une personne alors que la république démocratique du Congo dispose des services d’intelligence et de sécurité placées dans plusieurs postes frontaliers qui filtrent les entrées comme des sorties au pays.

Matata Ponyo, Seth Kikuni, John Numbi…des cas de figure

Des cas sont légions où certaines personnalités ont quitté le pays clandestinement et se sont retrouvés à l’extérieur du pays après s’être soustrait de la justice et des services de sécurité. Parmi des cas enregistrés figure en bonne place, l’ancien premier ministre, Augustin Matata Ponyo, président de parti politique Leadership pour la gouvernance et le développement, parti politique de l’opposition. En effet, l’ancien premier ministre a été condamné le 20 mai dernier par la cour constitutionnelle à 10 ans des travaux forcés dans une affaire de détournement de fonds pour l’implantation de parc agro industriel de Bukanga Lonzo estimés à 280 millions de dollars américains. Juste après sa condamnation qui s’est déroulée en son absence alors qu’il se trouvait sur place dans la capitale congolaise, l’homme a été porté disparu , le plaçant loin des services pénitentiaires. Matata Ponyo qui a toujours plaidé non coupable pour les faits lui reprochés ne cessait de qualifier son procès de procès politique car selon lui, il a refusé de rallier le camp du Président Tshisekedi à son avènement au pouvoir et tourner le dos à Joseph Kabila. Sa famille biologique et son parti politique avaient d’abord crié à une disparition de l’homme à la cravate rouge avant d’affirmer qu’il se trouve en dehors du territoire national et en sécurité après s’être soustrait de la justice. Aujourd’hui , Matata Ponyo s’affiche aux côtés de l’ancien Président de la République, Joseph Kabila qui a rejoint la rébellion de AFC – M23 soutenue par l’armée rwandaise.

Un autre cas est celui d’un autre opposant, Seth Kikuni, président du parti politique Piste pour l’émergence . Cet acteur politique et deux fois candidat aux présidentielles de 2018 et 2023 a quitté le pays clandestinement après son arrestation. Il s’est soustrait de la justice en quittant la RDC face à ce qu’il a qualifié de harcèlement judiciaire en janvier 2026. Bien avant il avait été condamné à un an de prison pour incitation à la désobéissance civile avant d’être libéré. Il en est de même pour le général d’armée John Numbi , ancien patron de la police nationale congolaise impliqué dans l’affaire de l’assassinat de l’activiste des droits de l’homme , Floribert Chebeya. John Numbi a été signalé au Zimbabwe en 2021 après avoir fui le pays à partir de la province du Haut Katanga où il résidait après sa suspension au sein de la police nationale congolaise.

Des réponses à des questionnements

A la question de savoir ce qui est à la base de ces évasions et sorties frauduleuses en dehors du territoire national de ces personnes condamnées ou recherchées par le justice congolaise, plusieurs hypothèses sont avancées . Premièrement il s’agit de la porosité des frontières nationales. Le fait que la RDC partage plus de 10 000 km des frontières avec neuf pays voisins constitue un avantage et un désavantage. Des nombreux points de passage frontaliers officieux ou peu surveillés favorisent des personnes condamnées ou recherchées de quitter le territoire sans être détectées. Et ces dernières font parfois usage de fausses identités pour leur sorties même dans les postes frontaliers officiels . Deuxièmement, on parle de la complicité e des failles des services de renseignements. Ces derniers se font corrompre pour faire passer hors du territoire national ces personnes.

Troisièmement, c’est la fuite des informations dont sont auteurs certaines personnes complices de ceux qui cherchent à quitter le pays. Des complicités internes permettent aux personnes visées d’être informées de leur arrestation imminente et de se soustraire du pays. Quatrièmement, c’est le trafic d’influence et des intimidations dont s’illustrent certaines autorités qui sont familières avec des personnes qui font l’objet de condamnation et des mandats d’arrêts. Ces autorités interfèrent parfois dans les décisions de la justice en donnant les ordres pour les faire passer hors du territoire . Au regard de toutes ces raisons, plusieurs observateurs sont d’avis que la perméabilité des frontières nationales constitue un moyen tandis que la complicité des services de sécurité est la facilitation stratégique qui permet aux personnes influentes de contourner la justice congolaise.

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